Le liège corse : un produit écologique qui valorise le patrimoine forestier insulaire

Le liège corse : un produit écologique qui valorise le patrimoine forestier insulaire

23 juin 2022 0 Par MMS
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La coopérative SILVACOOP a démarré sa campagne de levée de liège dans les communes de Sotta (chantier à la hache) et de Sartène (chantier mécanisé). Cette campagne 2022 de levée de liège en Corse-du-Sud vient concrétiser le développement de la coopérative sur le marché du liège et la structuration d’une production insulaire à un niveau industriel.

Une récolte de liège en net progression depuis 2016

Avec un plan de travaux de récolte estimé à environ 110 tonnes de liège cette année, la coopérative forestière corse confirme ses chiffres exceptionnels de l’année 2021 en maintenant un cap élevé de sa production de liège en 2022. Depuis la première campagne de levée de liège en 2016, SILVACOOP a
multiplié par 8 sa production de liège en seulement 6 ans.

Pour cette campagne, la récolte de 70 tonnes de liège femelle (le liège de qualité) est prévue contre près de 40 tonnes de liège mal pour lequel la coopérative a trouvé des débouchés industriels, notamment via la production de granulés de liège pour l’isolation.
La surface travaillée représenterait 56 hectares (sous réserve d’une main d’œuvre qualifiée
suffisante pour la bonne réalisation des chantiers).

Une campagne de levée de liège 2022 innovante

La nouveauté de cette campagne 2022 se trouve dans la mécanisation des chantiers de levée de liège à Sartène. Après une étude préalable, la coopérative a investi dans l’achat de trois machines appelées Coveless afin de développer la mécanisation de sa levée de liège. Cette innovation permet à un ouvrier non spécialisé d’être rapidement opérationnel dans la levée de liège.

Cet outil se présente comme une tronçonneuse électrique avec une sonde qui contrôle la profondeur de coupe. Des pinces écarteuses sur la base de sécateurs électriques permettent de décoller le liège. L’outil est équipé d’un harnais et de batteries offrant une bonne liberté de mouvements et améliorant les conditions de travail de l’opérateur.

Développer l’activité économique insulaire

Entre les campagnes de liège, les coupes et les travaux forestiers, Silvacoop a généré de l’activité pour une trentaine d’entreprises de travaux forestiers depuis 2016. Pour mettre en œuvre sa campagne 2022, la coopérative forestière a mobilisé une équipe de leveurs de liège originaire de Sardaigne ainsi que trois entrepreneurs corses, formés par la coopérative.

Le liège corse, un patrimoine remarquable issu de la gestion durable des forêts

La filière liège en Corse s’est structurée avec l’arrivée de la coopérative SILVACOOP. La mise en production du liège intervient en respectant 3 phases :

  • Travaux de d’amélioration sylvicole dans les peuplements forestiers
  • Levée de liège au sein des propriétés privées
  • Commercialisation et transformation du liège auprès des industriels

La levée de liège intervient donc dans une logique de planification de travaux comme des ouvertures de bandes de cloisonnement utiles pour réaliser les travaux sylvicoles et/ou évacuer les produits forestiers ; le détourage de l’ensemble des arbres capables de produire du liège de qualité ; la taille et l’élagage des jeunes tiges ; les éclaircies subéricoles, etc.

De l’arbre aux bouchons des grands crus : comment est produit le liège ?

Avant d’accompagner la conservation des grands crus classés de vins français, d’habiller l’habitacle d’un avion ou encore d’isoler un bâtiment de manière écologique, le liège doit être prélevé de son arbre. Cet acte effectué sur le chêne liège est appelé la levée de liège.

La matière est prélevée au niveau de l’écorce qui possède cette structure particulière qu’est le liège (d’où le nom d’écorçage dans certains pays comme l’Espagne). C’est la première couche du tronc de l’arbre. Une fois prélevée, cette couche se reconstitue au fil des années pour être de nouveau récoltée.

Du liège mâle obligatoire au liège femelle plébiscité

L’exploitation du liège ne nécessite pas la coupe des arbres qui restent donc sur pied. La première récolte est effectuée lorsque l’arbre est âgé d’une vingtaine d’années, c’est-à-dire lorsque le tronc de l’arbre a atteint une circonférence d’environ 70 cm. Cette première récolte, appelée le « démasclage » permet de
recueillir le liège « mâle » qui est utilisé par exemple dans la fabrication d’agglomérés (isolants) issu de granulés de liège. Cette qualité de liège ne bénéficie pas d’une forte valorisation. Il est de couleur sombre (du marron au noir), d’une structure irrégulière et reste difficile à travailler à cause de sa dureté.

Après le démasclage, un nouveau liège se constitue peu à peu. Il se régénère et devient moins dur et plus régulier. Il s’agit du liège de reproduction appelé « liège femelle ». Le liège femelle est levé quand son épaisseur atteint un seuil idéal, soit 3 cm. C’est un matériau de bien meilleure qualité utilisé pour la  fabrication de produits imposant du liège de grande qualité. Plus le liège sera levé, plus l’arbre sera productif, plus le liège femelle sera de grande qualité.
Le liège femelle se reconstitue et se récolte tous les 9 à 12 ans selon les conditions stationnelles.

La récolte de liège mâle est donc nécessaire afin de produire un liège femelle qualitatif. Cet acte de gestion permet en outre de limiter l’appauvrissement et le vieillissement prématurés des subéraies corses.
Mais pour encourager les propriétaires de subéraies insulaires, il est primordial de trouver des débouchés pour toutes les qualités de liège, notamment le liège mâle, peu demandé.

Des débouchés désormais plus diversifiés pour le liège corse

Si l’industrie du liège était fleurissante en Corse dans les années 1960, elle s’est drastiquement estompée au fil des années jusqu’au point de presque disparaitre. Depuis la remise en production des subéraies par SILVACOOP, le liège de Corse est de nouveau plébiscité par les industriels de l’Europe. Sur 2022, SILVACOOP en collaboration avec les équipes de leveurs sardes peut ainsi trier et commercialiser 3 produits différents :
– Liège mâle à destination de la Sardaigne ;
– Liège femelle de qualité rebut, surépais à destination de l’Espagne pour la fabrication de bouchon reconstitué (liège broyé) ;
– Liège femelle de qualité intermédiaire à destination de la Sardaigne.

Cette classification de la coopérative et sa recherche de débouchés sont indispensables pour garantir aux
propriétaires une utilisation optimale du liège issu de leur patrimoine.

De nouveaux débouchés pour le liège mâle

La coopérative s’est intégrée sur le marché de la fabrication de panneaux isolants et de granulats adjuvés dans le processus d’isolation du sol. Le liège male de Corse trouve sa place dans les chaines de fabrication et la prescription des maitres d’œuvre.
D’autres débouchés voient aujourd’hui le jour, avec la décoration et la petite maroquinerie. La coopérative a également alimenté de liège mâle, un éleveur d’escargot installé en Corse.
Autant de débouchés originaux et écologiques, qui démontrent la capacité d’innovation de SILVACOOP et son implication pour valoriser toutes les qualités de liège de l’île.

Des bouchons de liège corses spécifiques

Le bouchon reste dans l’esprit collectif, un produit emblématique issu de la récolte de liège. Mais la particularité de la Corse fait de son bouchon de liège un produit spécifique puisque sa situation insulaire est une protection naturelle contre la propagation du champignon responsable du « gout de bouchon » à la différence d’autres régions subéricoles de l’arc méditerranéen.
Des produits traditionnels haut de gamme, tels que des bouchons monoblocs destinés aux grands crus de vins exportés dans le monde entier, peuvent être fabriqués à partir des qualités supérieures de liège corse. Cette qualité premium ne représente que 10% du stock actuel sur pied. Grâce aux opérations de levées régulières de la coopérative et aux conditions stationnelles optimales en Corse, cette proportion augmente chaque année.

Le haut potentiel de la forêt corse

Avec 64 % de son territoire couvert par la forêt, la Corse est la région avec le plus fort taux de boisement de France (rapport entre la superficie forestière et la superficie totale du territoire). La Corse-du-Sud est le département le plus boisé de France avec plus de 67 %.

Pour autant, ce potentiel écologique et économique est insuffisamment exploité, notamment par la présence de fortes pente et un accès limité aux espaces forestiers, mais aussi par la nécessité de regrouper la gestion des propriétés forestières privées.
Sur 17 millions d’hectares en France, 561 000 hectares sont présents en Corse (dont 432 000 considérées comme forêt de production). Ce qui en fait l’île la plus boisée de Méditerranée.
80 % de la forêt privée corse est constituée de feuillus parmi lesquelles on retrouve le chêne vert, le châtaignier, le hêtre et le chêne liège. Les essences résineuses sont dominées par le pin laricio et le pin maritime.

Les forêts corses, essentiellement privées

Plus de 480 000 hectares de forêts appartiennent à des propriétaires privés, soit 86 % des forêts corses contre 14% appartenant aux Collectivités de Corse et aux communes. Parfois isolés, ces propriétaires ne peuvent valoriser leur patrimoine forestier. C’est pourquoi, SILVACOOP, l’unique coopérative forestière de l’île a été créé en 2013 et accompagne les propriétaires forestiers dans la gestion et la valorisation de leur patrimoine écologique et économique.

Les subéraies, bien adaptées en Corse

Les subéraies (forêts de chênes lièges – a suarticcia) sont très présentes en Corse grâce aux conditions climatiques et stationnelles de l’île très adaptées à cette essence. Les conditions d’exploitations de cette ressource sont également favorables. Le chêne liège est une essence qui aime la lumière, les hivers doux et l’humidité de l’air. Il craint cependant le froid et refuse les sols calcaires et gorgés d’eau.
Longtemps délaissée faute d’investissement, d’engagement d’acteurs économiques et forestiers et par manque de main d’œuvre qualifiée pour intervenir en subéraies, la filière du liège corse est pourtant historique, créatrice d’emplois et d’économie verte pour l’île.

Le chêne liège est présent sur environ 60 000 hectares en Corse soit un peu plus de 10% de la surface forestière de l’île. 98% de cette ressource appartient à des propriétaires privés. Le liège corse est donc une production issue des forêts privées. La Corse possède le plus de subéraies privées et le plus gros potentiel de récolte de toute la France avec un total de liège sur pied à hauteur de 100 000 tonnes.

Le potentiel de récolte du liège corse

Plus de 70% de la ressource sur pied mobilisable est de qualité « liège mâle » soit environ 70 000 tonnes, tandis que moins de 10% est de qualité de « liège bouchonnable » soit 9 000 tonnes.
L’accroissement naturel annuel représente un peu plus de 5 000 tonnes ce qui montre un important potentiel d’augmentation de levée de liège et confirme de surcroit que cette ressource est sous exploitée.
En respectant un principe de gestion durable et en mobilisant l’ensemble des propriétés privées de l’île, le potentiel de récolte annuelle peut atteindre 5 000 tonnes.
Pour que ces projections ambitieuses soient réalisables, la mobilisation des propriétés forestières privées est un élément clé. Le soutien des organismes de regroupement et de promotion du liège comme la coopérative SILVACOOP apparaissent essentiels.

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