Passage au Sénat de la proposition de loi n°318 sur le gel des matchs le 5 mai :   L’ntervention du sénateur Jean-Jacques Panunzi

Passage au Sénat de la proposition de loi n°318 sur le gel des matchs le 5 mai : L’ntervention du sénateur Jean-Jacques Panunzi

14 octobre 2021 0 Par MMS
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Ce jeudi, Jean-Jacques Panunzi, sénateur de la Corse du Sud, est intervenu au Sénat dans le cadre du passage  de la proposition sur le gel des matchs le 5 mai. 
 

“Monsieur le Président,
Madame la Ministre,
Monsieur le Président de la Commission culture, Monsieur le Rapporteur,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs, Chers Collègues,

Nous sommes là aujourd’hui pour donner une portée mémorielle au drame survenu le 5 mai 1992 à Furiani, commune limitrophe au sud de Bastia.

Ce jour-là, ce devait être un jour de fête dans l’Ile de Beauté. Le Sporting Club de Bastia qui évolue en seconde division accueillait en demi-finale de la coupe de France l’Olympique de Marseille. Le stade est comble : 18 000 spectateurs. La fête fut hélas de courte durée. Il est 20h23 lorsque la partie haute de la tribune provisoire bascule et s’effondre sur elle-même, causant la mort de 18 personnes et en blessant près de 2357. La dernière personne est décédée 2 ans et demi après le drame, d’autres seront paralysés à vie. Pendant toute la nuit, c’est un véritable pont aérien médical qui a été établi entre la Corse et le continent pour évacuer les blessés. Et les années suivantes, s’ouvrit le procès de près de vingt personnes mises en causes.

C’est alors une véritable catastrophe qui va marquer la Corse dans sa chair. De nombreuses familles sont endeuillées ou comptent parmi les leurs des blessés ou des personnes handicapées. A l’échelle de l’île, c’est 1% de la population de l’époque qui est touchée.

Une véritable catastrophe qui s’abat également sur le monde sportif et sur le football français.

Depuis, familles et survivants se sont battus pour que cette date du 5 mai soit commémorée dans le respect, la dignité et le souvenir.

Grâce au travail du collectif que j’aperçois dans les tribunes et que je salue, – et je voudrais en profiter pour saluer mes amis députés de la Corse, Mme la Présidente de l’Assemblée de Corse, Mme la conseillère en charge du sport -, ainsi qu’au soutien de l’opinion public, et à la prise de conscience des autorités, la reconnaissance a pu prendre une autre dimension, nationale, et le 10 mars 2016, une plaque commémorative est apposée au sein du secrétariat d’Etat au sport.

L’article unique qui est proposé dispose qu’aucune rencontre professionnelle ne soit disputée le 5 mai, qu’une minute de silence soit respectée en cas de manifestation opposant clubs amateurs et professionnels. Et qu’entre clubs amateurs, un brassard noir soit porté par les joueurs.

Chers collègues, cette demande équilibrée, juste et légitime doit pouvoir être adoptée en l’état. Élu de la Corse et membre de cette majorité sénatoriale, je demande à nouveau à mes collègues de tous les groupes de se prononcer en faveur du texte proposé sans modification. Seule une adoption conforme dans les deux chambres permettra une promulgation immédiate de la loi sans nouvelle lecture.

Dans quelques mois, le 5 mai 2022, ce sera le trentenaire de la tragédie. Pourtant, au lendemain de celle-ci, on parlait déjà de geler la tenue de matchs de football professionnel à cette date. C’était ce qu’avait assuré le Président Mitterrand, alors en exercice, dans les jours qui suivirent. Qu’elle fut longue la route… Et si l’on doit aujourd’hui en appeler à la loi et à la sphère politique, c’est justement parce que les autorités sportives nationales n’ont pas été au rendez-vous pendant de nombreuses années.

On dit souvent que les grandes douleurs sont muettes, paraphrasant Sénèque. Depuis bientôt trente ans, la réponse à ce drame, celle que l’on était en droit d’attendre, notamment des autorités sportives, renvoie à un silence assourdissant.

Par le vote de ce texte de loi, la représentation nationale rend hommage aux victimes, aux familles, aux personnes encore à ce jour affligées par ce drame qui font vivre le collectif constitué l’été qui suivit la tragédie.

Elle envoie aussi un message à la Corse, lui signifiant que si son insularité et ses spécificités en font une région entièrement à part, elle n’en demeure pas moins une région française à part entière. Le drame de Furiani a touché la Corse. Il concerne donc la Nation entière et le monde sportif français.

Il est temps d’en tenir compte collectivement dans un esprit de concorde. C’est un devoir de mémoire.

Je vous remercie.”

 
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