Lettre ouverte : Les réponses des leaders politiques nationalistes de l’Exécutif, aux sept militants nationalistes historiques.

Lettre ouverte : Les réponses des leaders politiques nationalistes de l’Exécutif, aux sept militants nationalistes historiques.

27 mai 2021 0 Par MMS
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A l’approche des territoriales du mois de juin prochain, et à une dizaine de jours de la date limite du dépôt des listes, sept militants nationalistes historiques avaient interpellé, dans une lettre ouverte, les leaders politiques nationalistes de l’Exécutif de Corse qui les ont plus que déçu lors de cette mandature.

Voici les réponses qu’ils ont obtenu.

Jo Peraldi
Ghjuvan’ Battista Rotilj Forcioli
Pierrot Susini
Jean-Pierre Susini
Nanou Battestini
Louis Sarocchi
Pierre Poggioli  

Le 2 mai dernier, dans une lettre ouverte, nous interpellions les responsables nationalistes élus à la Collectivité de Corse.

Après un bilan critique dans une première partie de leur gestion à la CDC depuis 2015,  nous leur demandions un certain nombre de réponses quant aux problématiques importantes sur lesquelles nombre d’entre nous et au-delà les Corses attendaient des réponses quant aux propositions et solutions qui étaient les leurs à l’orée de cette nouvelle campagne des Territoriales.

Nous avons reçu pour première réponse celle de Jean-Christophe Angelini, du PNC, membre sortant de l’Exécutif de la CdC, par un article du 5 mai dans Corse-matin (voir ci-joint)

Puis Jean-Guy Talamoni, Corsica Libera,  Président sortant de l’Assemblée de Corse, nous a répondu par un article du 20 mai dans Corse-matin.

Enfin Gilles Simeoni, Femu, Président sortant de l’Exécutif de la CdC, nous a adressé à chacun d’entre-nous ce 25 mai, une réponse bilingue que nous portons à la connaissance de tous. (Document joint)

Nous remercions toutes celles et ceux qui se sont joints à notre initiative, en co-signant notre lettre, en la partageant, notamment sur les réseaux sociaux, en la faisant connaître, en l’approuvant, en la likant.. Merci aux médias qui ont traité l’information et en ont parlé.
Notre interpellation publique a connu un intérêt conséquent si l’on en juge les nombreux  échos perçus au sein de l’opinion corse et au-delà, dépassant largement notre seule audience de sept militants. Elle se faisait l’écho des interrogations, préoccupations et inquiétudes de nombre de militants jeunes ou anciens et de nationalistes engagés depuis les années 70 quant à l’avenir de la Corse et du peuple corse sur sa terre. La philosophie et les objectifs portés par notre initiative  n’ont pour fondement que les intérêts collectifs des Corses chez eux.

Notre démarche ne se voulait, ni n’est aucunement partisane, car nous ne roulons pour personne et ne privilégions personne. Elle est un cri d’alarme face à la situation actuelle et aux dangers à venir pour la Corse et les Corses.
Aujourd’hui, les listes sont connues et la campagne est lancée. Nous ne voulons en aucun cas interférer sur son déroulement en privilégiant un quelconque choix partisan.
Nous laissons donc les co-signataires à notre lettre, les Corses et l’opinion juger du contenu des réponses apportées à nos questionnements pour se déterminer dans leurs choix en conscience à l’occasion de ce 1er Tour.

Nous nous exprimerons bien sûr en vue du second tour selon des modalités que nous définirons à l’issue de ce premier tour.

Lettre de Gilles Simeoni

À : Jo Peraldi Ghjuvan Battista Rotily-Forcioli Pierrot Susini Jean Pierre Susini Nanou Battestini Louis Sarocchi Petru Poggioli

Bastia, u 23 di maghju di u 2021 Uggettu : Risposta à a vostra lettera aperta Cari voi sette,

Vous m’avez adressé, ainsi qu’à d’autres responsables nationalistes élus, une lettre ouverte. Je vous y réponds par ce courrier, que vous rendrez public si vous le souhaitez. Vous rappelez d’abord dans votre lettre votre parcours, votre engagement et les sacrifices consentis au nom de notre idéal commun, la cause du peuple corse. Vous soulignez également combien le combat mené a été difficile et douloureux, pour vous et pour des centaines de militantes et de militants, comme pour leurs familles et pour leurs proches. Nous n’oublions rien de ce passé douloureux et savons ce que nous vous devons, à vous et à celles et ceux qui ont été les premiers à se lever contre l’injustice. En ce qui me concerne, je sais, à la fois comme militant et comme avocat, par où vous êtes passés. Notre histoire est d’ailleurs largement commune : plusieurs d’entre vous m’ont vu naître et savent que j’ai fait partie, comme vos filles et fils, des enfants souvent privés de leur père et de leur mère, et confiés à des proches pendant les années de militantisme, de jour et de nuit, de cavale, et de prison. Votre vie a été consacrée à la Corse et à son peuple : la mienne aussi. Je connais et apprécie chacun de vous individuellement et respecte profondément votre patriotisme, au-delà des désaccords politiques que nous avons pu, pouvons, ou pourrons avoir. Rien ne vous autorise à douter du mien, ni à le mettre en cause. Dans ma vie de militant, dans mon exercice professionnel d’avocat, dans l’exercice de mes mandats électoraux, j’ai été totalement et irréductiblement fidèle à notre idéal, comme aux valeurs universelles de démocratie, de justice et d’éthique qui en sont pour moi des composantes essentielles.2 Depuis que les Corses m’ont fait l’immense honneur de m’élire Président du Conseil exécutif de Corse, j’ai consacré toutes mes forces et tout mon temps à être digne de la confiance qu’ils m’ont témoignée, en cherchant à faire les meilleurs choix pour nos idées et pour la Corse, et en veillant en permanence à renforcer les logiques d’apaisement et de cohésion au sein de la société corse. Je l’ai fait avec comme seule boussole le serment prêté devant les Corses – U ghjuramentu – et la volonté de défendre l’intérêt général. Et en respectant strictement les engagements pris avec mes partenaires et devant les Corses, au nom de la liste que je conduisais en 2015 puis en 2017 : nous inscrire dans le fil historique du combat mené pour le peuple corse, et construire notre pays avec tous les Corses qui, sans être nécessairement d’accord avec toutes nos convictions, partagent sur l’essentiel notre vision de la Corse d’aujourd’hui et de demain. Ceci étant rappelé, je veux répondre à vos questions et à vos critiques. Elles se développent à partir de deux axes principaux : – La remise en cause de la politique menée depuis 2015 et l’insuffisance des résultats obtenus depuis lors ; – Le fait que les différents courants du nationalisme se présentent séparés au premier tour de scrutin des élections territoriales de juin 2021 après avoir été unis pour trois d’entre eux en 2015 (au deuxième tour de scrutin) et 2017 (au premier tour de scrutin) ; Sur le premier point, je peux comprendre votre impatience, vos attentes, vos déceptions, et certaines de vos critiques. J’ai notamment conscience du caractère imparfait de l’action qui a été menée, et donc de la nécessité de nous doter des moyens politiques, organisationnels et humains, de faire plus et mieux, notamment dans le mandat à venir. Ce mandat durera six années et demi : il doit être celui de la poursuite de la révolution pacifique initiée en décembre 2015, de la concrétisation de notre projet, et de la transmission à la jeunesse, qui est la prunelle de nos yeux et pour laquelle nous nous battons. Vous avez, dans cette œuvre de transmission, un rôle important à jouer. Et il appartient aussi aux élu(e)s et aux mouvements dont ils sont issus de mieux associer aux décisions les militantes et militants, et particulièrement les militantes et militants historiques. Vous et beaucoup d’autres considèrent ne pas avoir eu suffisamment de lisibilité sur les décisions prises par les responsables politiques qu’ils ont contribué, par leur engagement et par leur vote, à faire élire. Il y a là une carence qui relève principalement du fonctionnement, non des institutions, mais des mouvements et partis : elle doit être comblée. Je suis à votre disposition pour que nous abordions ces points dans le cadre d’une discussion politique générale et ai des propositions concrètes à vous faire à cet égard. Vous m’interpellez ensuite sur la nécessité impérieuse d’obtenir des résultats plus forts et plus rapides pour les fondamentaux de notre combat, dans un contexte où des mécanismes puissants3 (ceux de la spéculation ; du recul de la langue ; de la fragmentation de la société corse ; de la logique des bandes et des factions) tendent à rendre chaque jour la situation plus dégradée, voire irréversible. Je partage votre préoccupation : nous devons faire barrage à ces dangers mortels, par la mobilisation populaire et démocratique et par la force de notre projet. Je vous réponds aussi qu’on ne change pas une société qui a été profondément marquée par des décennies de colonialisme, d’aliénation, de clientélisme, de clanisme, de dépendance économique, sociale, et culturelle, en gagnant deux élections successives, fût-ce avec 56% des suffrages exprimés, ni en six années. Construire notre pays, obtenir une solution politique et une autonomie de plein droit et de plein exercice nécessitera encore du temps, de la volonté, du travail, et des luttes démocratiques, aussi bien dans le rapport à l’Etat que dans notre propre capacité à transformer profondément la société insulaire et à nous opposer aux puissances de l’argent ou aux logiques de prédation. Vous me posez à cet égard plus d’une dizaine de questions sur les politiques mises en œuvre dans des domaines stratégiques comme l’économie, les déchets, les transports, la défense de l’intérieur et du monde rural, la langue, la défense de notre patrimoine naturel, la transparence et le contrôle des subventions… Dans tous ces secteurs, nous avons commencé à changer profondément les choses, et à apporter des réponses concrètes aux problèmes de tous les jours auxquels est confrontée une grande majorité de Corses : cherté de la vie ; accès au logement ; droit au travail et à la santé ; qualité de vie. Nous avons pris des décisions fortes, qui ont contribué à réduire les fractures sociales, générationnelles et territoriales qui minent la société corse, et à renforcer la solidarité, entre les citoyens comme entre les territoires. Tout en faisant face aux urgences sanitaires, économiques, et sociales liées à la crise du Covid-19. Tout cela, nous l’avons fait avec des moyens institutionnels et budgétaires limités, et avec pour interlocuteurs un Etat et un Gouvernement opposés à toute solution politique. Et nous avons bien fait de le faire, car gérer le quotidien, c’est aussi gouverner. Je vous propose que nous nous rencontrions pour que je vous présente de façon détaillée ce qui a été accompli et les résultats d’ores et déjà obtenus, et que nous échangions sur ce qu’il faut faire pour améliorer notre action. De la même façon, je me tiens à votre disposition pour que nous parlions ensemble des raisons qui conduisent à ce qu’il y ait quatre listes nationalistes au premier tour de scrutin. En ce qui me concerne, je suis convaincu que le sens de l’histoire est de faire converger, travailler, et gouverner ensemble tous les nationalistes, et plus largement, toutes celles et ceux qui partagent la volonté de construire ce pays. Cet objectif a été le fil conducteur de mon action depuis que je me suis engagé en politique, et il continuera de l’être.”

 

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