“Les héros Au Temps Du Coronavirus”, Réflexion Sur Le Confinement De Nathalie Paolucci, Hypno-thérapeute.

“Les héros Au Temps Du Coronavirus”, Réflexion Sur Le Confinement De Nathalie Paolucci, Hypno-thérapeute.

27 mars 2020 0 Par MMS
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Je voudrais d’abord rendre hommage à tous ceux qui travaillent au péril de leur santé et de leur vie pendant que d’autres, restreints par nécessité vitale et éthique, restent chez eux et regardent le monde au travers des écrans.
Il y a là, pas loin, la maladie, la distance, la solitude, la détresse la peur et la mort. Un ennemi invisible qui rôde et dont il faut se défendre avec courage et patience. Nous décidons de rassembler nos forces face à l’inédit. Nous décidons de nous unir et d’agir ; c’est le temps de la résistance, temps de la tragédie vers l’espoir d’un monde renouvelé.

Ainsi, que nous soyons confinés ou pas, notre mission est d’agir pour vivre et protéger l’humanité. Dans cette perspective, l’action ouvre aux activités civiles, sanitaires et réflexives.
Considérons qu’il est de notre devoir libre et éthique de vivre le confinement comme une vertu. La vertu est une force ; la force est (peux être une vertu) une vertu.
« Si la réalité est inconcevable, alors il faut forger des concepts inconcevables » G. W. F. Hegel

Qu’est qui change ?

Les habitudes personnelles, familiales, sociales, les rythmes, le rapport espace/temps. Nous pouvons considérer ici que notre capacité adaptative va être mise à l’épreuve car la période de confinement n’est pas terminée.
La temporalité est plus incarnée, elle permet de retrouver des rythmes plus naturels et au final mieux adaptés à la nature humaine. Nous étions prisonniers des horloges-business, nous voici, pour la plupart
d’entre nous, libres de choisir comment impartir notre propre temps.

A court terme, nombreux sont ceux qui se sont mis à organiser et préparer le confinement. Il y a plusieurs moyens de vivre ce moment et je pense que nous ne devons pas donner de leçons sur la manière d’aménager le quotidien. Chacun peut prendre en charge selon le contexte, les règles induites par le virus, ce qui lui semble bon pour lui-même et les autres. Ce temps exceptionnel pose la question du libre arbitre : Si nous sommes livrés à nous-même, qu’allons-nous faire ? Sommes-nous capables de
gérer la situation ?

A moyen terme, le changement est une adaptation psychique parsemée de moment de stress, d’anxiété, d’inquiétude mais qui sait s’acquitter de ces charges ou conçoit qu’il est nécessaire de le faire.
Les praticiens de l’accompagnement ont organisé des rendez-vous en ligne, c’est le bon moment pour faire un travail de fond et trouver comment s’adapter, comment se retrouver, comment réorganiser son alimentation, son rapport au corps, etc.
Questions : dans quel projet ou direction puis-je m’engager ? Quel sens ais-je envie de donner à ma vie ?

A long terme, c’est une nouvelle routine qui va s’installer, elle est rassurante et productive si chacun a délibérément ouvert son existence aux transformations nécessaires et à la mise en œuvre de projets et
d’actions. Le changement est une chance de renouveler nos mentalités et de nous proposer un monde plus heureux et paisible. Le regard sur : la nature, la politique, la globalisation, l’ultra libéralisme, l’économie assaillie et secouée par la croissance, le rapport aux besoins superflus, etc., peut et doit
changer. Regardons le changement comme une nouvelle chance !

Pour B. Cyrulnik, la recette d’adaptation au confinement tient à 3 choses : l’action, l’affection, la réflexion.

Pourquoi dites-vous que le confinement est un paradoxe ?
Si être confiné est une entrave à la liberté de sortir comme bon nous semble, il y a dans cet « espace » apparemment clos, un puissant stimulant pour la réflexion. Non pas celle d’une pensée magique qui dénie la réalité et fabrique des sceptiques, non pas celle du fatalisme ou de l’oubli de de soi mais celle qui nous ouvre au temps de notre maturité individuelle et collective. Le paradoxe, ici, révèle la complexité inouïe de la réalité que nous vivons et il nous enjoint à la découverte de nouveaux paradigmes.
“(…) la véritable fonction du management est de conduire les exceptions, rapidement et sous pression, quand elles surviennent de façon non prévue […]. La véritable mission des responsables est de traiter la non prédictibilité, l’instabilité, l’irrégularité, le non-sens et le désordre! ». R. D. Stacey 

Malgré la distanciation sociale nous restons connectés. Quels sont les enjeux de cette nouvelle existence ?
Nous nous comprenons mieux, nous parlons une même langue. Le milieu de l’enseignement, les artistes, les amis, la famille, des inconnus même, se « rencontrent » grâce aux technostructures. Des réseaux invisibles nous relient et nous nous rapprochent les uns des autres, on fait preuve de plus de solidarité, on est plus attentif et plus soucieux de la vie personnelle et familiale que de la vie professionnelle. On appelle les amis, la famille, on encourage ceux qui sont sur le terrain, il ressurgit une proximité plus
simple qui accueille mieux les sentiments. Malgré la distanciation sociale nous vivons dans une même dimension, nous vivons une aventure collective, une expérience commune qui nous rassemble et nous permet de mieux nous comprendre les uns les autres.
Certains diront que cette situation engendre des dissensions qui peuvent être graves de conséquences mais regardons ce que chacun peut apporter au groupe et comment les individus réunis sont en train de vivre une transformation inédite qui change non seulement l’humanité mais aussi de l’environnement.
« Quand des hommes ont longtemps vécu ensemble dans des conditions identiques, sous le même climat, sur le même sol, courant les mêmes dangers, ayant les mêmes besoins, faisant le même travail, « il en est quelque chose qui se comprend : un peuple ». F. Nietzsche

Que voulez-vous dire par défaite de la superficielle mondanité et victoire de l’authenticité ?
Il y a au cœur du changement de surprenantes nouvelles de nous-mêmes. Nous voilà à regarder ces hommes et ces femmes de la téléréalité qui se présentent depuis chez eux, simplement présents, défaits de leur apparat ; ils sont vivants là avec nous. Et cela donne envie d’être résilients, d’innover, de créer de nouvelles façon de nous présenter aux autres. Il y a là une magnifique respiration d’authenticité.

Est-il normal d’avoir peur ?
Il y a des peurs irrationnelles et rationnelles. Elles sont mues par le besoin d’autoprotection, d’auto conservation. Les peurs rationnelles mettent à l’épreuve la conscientisation et l’alerte. Ce qui importe est de nous assigner un rôle actif et de ne pas hésiter à échanger, communiquer, rencontrer en ligne des thérapeutes. La philosophie, la littérature, l’humour sont pour certains un moyen d’ouvrir le champ de perspective de la pensée, d’apaiser l’esprit, de transformer les émotions et de rendre le sourire aussi.

« Les confinés créent des anticorps sociaux en s’échangeant des vidéos et images d’humour sur le confinement. Ainsi le confinement suscite une communauté de l’humour” . E. Morin

Est-ce que le Covid-19 nous servira d’élan vers le monde que nous désirions, est-ce le Covid-19 qui nous surprendra par la forme cachée de conséquences heureuses et inouïes ? Je pense qu’il nous
permet de méditer notre avenir et le sens que nous voulons y donner.

Nathalie Paolucci, Hypno-thérapeute, hypno-analyste et formatrice.
Site : Insitut-noesis.fr – Mail : institut.noesis@gmail.com

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