Foyer Notre Dame: Gabriel Xavier Culioli et Francine Demichel apportent leur soutien à le CLE

Foyer Notre Dame: Gabriel Xavier Culioli et Francine Demichel apportent leur soutien à le CLE

3 juin 2019 0 Par redacteur
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Comme Jean-François Bernardini, Xavier Culioli et Francine Demichel apportent, à travers leurs textes, leur soutien au associations de la CLE, et à leur président le docteur Pernin.  Un appel lancé à la Collectivité de Corse pour que les locaux délaissés du Foyer Notre Dame redeviennent un lieu d’accueil pour les plus démunis.

@Gabriel Xavier Culioli

Texte de Gabriel Xavier Culioli : Quand la CTC oppose son mutisme à une demande de solidarité humaine
Le 27 mars dernier, la Coordination interassociative de lutte contre l’exclusion (CLE) notamment animée par le docteur François Pernin et Antoine Jean Folacci, adressait un courrier au président du Conseil exécutif de la région et au député-maire d’Ajaccio à propos du sort réservé au foyer Notre Dame.
Les associations de la Coordination interassociative de lutte contre l’exclusion (CLE) tiennent à exprimer leur étonnement et leur consternation quant à la manière dont le Conseil général de la Corse du Sud (CG2A) puis, depuis plus d’un an, la Collectivité de Corse (CdC) et la Communauté d’Agglomération du Pays ajaccien (CAPA) traitent la question de l’avenir du bâtiment du Foyer Notre Dame, situé route Saint Joseph, à l’entrée de la ville d’Ajaccio.
La CLE précisait dans son plaidoyer : “Le Foyer Notre Dame, dont la gestion a été assurée jusqu’en 2010 par les sœurs de la congrégation Notre Dame de la Merci, a abrité pendant plus d’un siècle les personnes âgées les plus démunies. Il est inscrit dans la mémoire des Ajacciens comme le symbole d’une solidarité qui est le fondement d’une société apaisée. Son architecture répond totalement à sa vocation d’hébergement.
M. Marcangeli répondait à la missive en précisant que la CAPA et la ville d’Ajaccio s’étant désistés, il revenait à la CTC de répondre à la demande du CLE. À cette heure, Gilles Simeoni n’a toujours pas répondu à la demande du CLE mais des rumeurs laissent entendre que la CTC préférerait installer des bureaux dans les lieux plutôt que de les rendre à leur généreuse fonction originelle.

Aux origines
Le foyer Notre Dame était jusqu’à il y a peu administré par les sœurs de l’Ordre de Notre-Dame-de-la-Merci. L’Ordre avait été fondé par le languedocien Pierre Nolasque afin de racheter les chrétiens captifs des pirates maures et réduits en esclavage merci étant synonymes de grâce, de pitié, de miséricorde. Désormais, l’ordre aide tous les captifs au sens large notamment les prisonniers, les malades ainsi que toutes celles et tous ceux abandonnés des hommes.

Rendre aux lieux leur noblesse miséricordieuse
Or c’est exactement pour remplir cette tâche que le CLE désire réinvestir les lieux quasiment vides depuis le départ des sœurs. “Nous savons tous que le territoire de la CAPA manque cruellement d’hébergements d’urgence pour les personnes isolées, en situation de précarité et qui ne peuvent accéder à un logement social, dont le nombre est notoirement insuffisant. Les structures actuelles sont saturées et la demande augmente de façon exponentielle“, souligne la CLE qui donne les chiffres effrayants des demandes d”hébergement produites par les Services intégrés de l’accueil et de l’orientation (SIAO) de la Corse-du-Sud. 419 demandes concernaient 699 personnes pour l’obtention d’un habitat décent au titre de l’insertion, soit une progression respective de 16 % et 21,5 % en un an…. Le nombre d’enfants mineurs concernés par ces demandes a bondi de 50 % en un an pour atteindre 214 (dont 47 âgés de moins de trois ans) et le nombre de familles monoparentales de 37 % à 102.

Accorder les paroles aux actes
Le silence de la CTC est d’autant plus surprenant qu’il est en contradiction avec un certain nombre de déclarations faites ou votées en faveur de la lutte contre la grande pauvreté en Corse. “La CLE rappelle que le Plan de lutte contre la précarité et la pauvreté, voté à l’unanimité moins une abstention par la Collectivité territoriale de Corse en mars 2017, recommande de « faire l’état des lieux des locaux de la CTC inutilisés qui pourraient être mis à la disposition de bailleurs sociaux, ou d’une agence immobilière à vocation sociale ou pour l’hébergement d’urgence dans le cadre du plan grand froid ». Les responsables de la CTC devraient méditer ce qu’écrivait Victor Hugo en présentant son ouvrage majeur Les Misérables « La vie, le malheur, l’isolement, l’abandon, la pauvreté, sont des champs de bataille qui ont leurs héros ; héros obscurs plus grands parfois que les héros illustres. » tandis que le jeune poète Loïc Schneider ajoute : « Il existe une richesse dans la pauvreté, dont le riche en est souvent pauvre ; celle de la compassion. » “Nous ne pouvons pas échapper aux paroles du Seigneur et c’est sur elles que nous serons jugés : aurons-nous donné à manger à qui a faim et à boire à qui a soif ? Aurons-nous accueilli l’étranger et vêtu celui qui était nu ? Aurons-nous pris le temps de demeurer auprès de celui qui est malade et prisonnier ? ” est-il écrit dans l’Évangile selon Saint Mathieu. Notre-Dame doit revenir aux démunis. Plus qu’une mesure de justice sociale c’est un impératif moral.

Gabriel Xavier Culioli
Ecrivain

 

 

@Francine Demichel Universita di Corsica

Texte de F. Demichel Pour le maintien du Foyer Notre-Dame
Il est de multiples manières de lutter contre l’exclusion. Les associations caritatives, qui œuvrent depuis des années pour cet accueil, sont parmi les plus actives dans ce combat. C’est pourquoi nous devons les soutenir dans leur mission. Tel le Foyer Notre-Dame, elles sont le symbole de la fraternité et de l’hospitalité. De cette hospitalité qui devrait être inconditionnelle, car tournée vers ceux qui ne comptent pour rien, qui ne sont rien, ces démunis qui n’ont aucune identité du côté de l’argent, qui n’ont accès à rien, envers lesquels on fait spontanément comme s’ils n’existaient pas. On leur mène parfois même une véritable guerre civile, en en faisant de faciles boucs émissaires. Un lieu comme celui du Docteur Pernin nous montre au contraire qu’ils peuvent avoir une place dans notre société, hors de toute stigmatisation, loin des crispations identitaires. En soutenant ceux qui accueillent ces exclus venus de partout, avec générosité et joie, c’est nous qui nous émancipons de ce monde barbare, irrigué par la toute- puissance du profit. Nous devons continuer à permettre d’aider ce « prolétariat nomade », qui vient souvent de pays détruits par la pauvreté, et qui est chez nous dans l’attente de rencontres inattendues et d’expériences chaleureuses. C’est ainsi et ainsi seulement que nous ferons une société égalitaire, pleine du désir de vivre ensemble. On ne se fait pas seul, sans l’Autre : il nous faut aller vers l’autre pour pouvoir exister soi-même. Car il n’est nul souci de soi sans la pratique du don envers autrui. Le don est alors un « oui » sans contrepartie, sans échange certain. Accueillir celui qui est différent, c’est offrir une hospitalité sans condition. C’est savoir dire oui : or, il est plus simple de dire « non » que de dire « oui », quand le « oui » n’est pas un simple accord ponctuel, contingent, éphémère, mais qu’il est une promesse pour le futur, quand ce « oui » initie un avenir dans lequel on dira « oui ». C’est pourquoi, concrètement, nous ne pouvons accepter que ceux qui pratiquent cet engagement vital soient menacés dans leur action. C’est pourquoi nous devons soutenir le Foyer Notre-Dame.

Francine Demichel
Présidente de la Fondation de l’Università di Corti

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